- Devoirs
- Motivation
« J'ai rien à faire ce soir » : quand les devoirs disparaissent
Par Joan · 29 septembre 2026 · 4 min de lecture

« T'as des devoirs ? » « Non. » Fin de la conversation, et l'adolescent remonte dans sa chambre.
Trois fois par semaine, ça interpelle. Le réflexe est de conclure au mensonge. C'est parfois vrai, souvent plus compliqué, et la façon dont on traite cette phrase détermine largement ce qui se passera les mois suivants.
Ce que la phrase veut dire, dans l'ordre de fréquence
« Je n'ai rien à écrire. » C'est de loin le cas le plus courant, et ce n'est pas un mensonge. L'élève n'a pas d'exercice à rendre pour demain. Il a en revanche une leçon à apprendre, un contrôle dans huit jours, un chapitre à relire. Pour beaucoup de collégiens, « devoirs » signifie exclusivement « ce qui se rend ». Apprendre n'est pas compté comme du travail.
« Je l'ai fait en permanence. » Vrai parfois. À vérifier plutôt qu'à contester d'emblée.
« Je n'ai pas noté. » L'élève ne sait plus ce qu'il a à faire, et l'admettre est plus coûteux que de dire non.
« Je ne sais pas par où commencer. » Celui-là est le plus douloureux. L'adolescent a un devoir, il ne comprend pas ce qu'on lui demande, et « je n'ai rien » évite d'avoir à le dire.
« Je n'ai pas envie d'en parler maintenant. » Il rentre d'une journée de huit heures. La question posée dans le couloir, sac encore sur le dos, obtient la réponse qu'elle mérite.
Le vrai mensonge délibéré existe, mais il arrive plus loin dans la liste qu'on ne le croit.
Arrêter de poser la question
Le principal problème de « tu as des devoirs ? », c'est qu'elle appelle un oui ou un non, et que le non ferme tout.
Des questions ouvertes obtiennent des réponses très différentes :
- « Tu as quoi d'ici la fin de la semaine ? »
- « Le prochain contrôle, c'est quand et en quoi ? »
- « Montre-moi ton agenda, on regarde ensemble. »
- « Qu'est-ce qui te paraît le plus dur en ce moment ? »
La troisième est la plus efficace, et elle ne suppose aucune accusation. Regarder l'agenda ensemble, calmement, cinq minutes, transforme une confrontation en travail commun.
Le temps de travail existe même sans devoir écrit
C'est le point que je reprends le plus souvent avec les familles, parce qu'il change la logique de la soirée.
L'idée d'un créneau quotidien, court et fixe, indépendant de la charge de travail, fonctionne mieux que la négociation permanente. Vingt à trente minutes au collège, un peu plus au lycée.
S'il n'y a pas d'exercice, ce temps sert à autre chose : relire le cours du jour, se tester sur le chapitre en cours, avancer sur un contrôle annoncé, reprendre un devoir raté. Le principe est simple à énoncer et à tenir : le créneau ne dépend pas de ce qui a été donné.
L'avantage est double. On sort du bras de fer quotidien, et l'élève cesse d'associer travail personnel et devoir imposé, ce qui est exactement ce que le lycée puis le supérieur lui demanderont.
Vérifier sans surveiller
Il y a une différence entre contrôler et accompagner, et les adolescents la perçoivent très bien.
Ce qui passe mal : consulter le cahier de textes numérique chaque soir et confronter l'élève à ce qu'on y a lu. Il apprend qu'on ne le croit pas, et il n'a plus aucune raison d'être honnête.
Ce qui passe : annoncer le principe. « Je regarde le cahier de textes le mercredi et le dimanche. Ce n'est pas contre toi, c'est pour qu'on ne découvre pas un contrôle la veille. » Une vérification connue et régulière est acceptée. Une surveillance clandestine découverte fait des dégâts durables.
Quand ça devient inquiétant
Quelques signes indiquent que la phrase ne relève plus de l'organisation.
Un élève qui n'a jamais rien depuis six semaines et dont les notes chutent en même temps. Un adolescent qui s'énerve ou se ferme complètement dès qu'on aborde le sujet. Un cahier vide, sans traces de cours, sur plusieurs matières.
Ces situations signalent en général autre chose : un décrochage installé, une difficulté qu'il n'ose pas nommer, parfois un problème qui n'a rien de scolaire.
Là, insister sur les devoirs ne sert à rien. Ce qui aide, c'est de reprendre avec lui un cours réel, un devoir réel, et de regarder ce qui se passe quand il essaie. En quelques séances, on voit presque toujours ce qui bloque. Et un adolescent qui découvre qu'il est capable de faire un exercice qu'il évitait depuis deux mois change de discours plus vite qu'avec n'importe quel rappel à l'ordre.